Pourquoi ne faut-il pas sous-estimer la sévérité de la Récession attendue en 2020 ?

Pourquoi ne faut-il pas sous-estimer la sévérité de la Récession attendue en 2020 ?

par Tyler Durden le 08/06/2019 / traduit par Karen Péloille (12/06/2019)

 

Le monde financier fait montre de nervosité face au risque croissant d'une récession alors que les signes avant-coureurs se multiplient. Alors que de nombreux économistes et commentateurs bien placés commencent enfin à admettre qu'une récession est probable l'année prochaine ou dans les deux prochaines années, ils minimisent quasiment tous la gravité probable de cette récession en disant "mais ce sera de courte durée" et "un ralentissement sain est attendu après dix ans d'expansion" ! (les économistes avaient déjà le même discours en 2006 et 2007). De mon point de vue, cependant, est que pratiquement tout le monde sous-estime les énormes risques économiques qui se sont accumulés au niveau mondial au cours de ces dix dernières années de politiques monétaires extrêmement stimulantes. Je pense que ces risques inconnus vont émerger et se venger lors de la prochaine récession et les gouvernements lourdement endettés disposeront de beaucoup moins d'outil de réponse adéquat pour sauver leurs économies comme ils l'avaient fait lors de la crise financière mondiale de 2008-2009.

Selon le modèle très précis de probabilité de récession basé sur la courbe de rendement de la Fed New-York, il existe une probabilité de 27% d'une récession américaine au cours des 12 prochains mois. Le dernière fois que les probabilités étaient les mêmes que aujourd'hui, c'était au début de 2007 soit peu de temps avant que la Grande Récession ne démarre officiellement en décembre 2007.

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Le modèle de probabilité de récession de la Fed New-York est basé sur l'écart de rendement des bons du Trésor à 10 ans et 3 mois correspondant à la différence des taux entre le 10 ans et le 3 mois. Dans des conditions économiques normales le rendement du 10 ans est supérieur au rendement du 3 mois. Cependant, juste avant une récession, cet écart s'inverse avec le 3 mois devenant supérieur au 10 ans - on parle alors de courbe de rendement inversée. Comme le montre le graphique ci-dessous, l'inversion de cette courbe s'est produite avant chaque récession. L'écart entre le 10 ans te le 3 mois s'est inversé en mai ce qui a lancé le compte à rebours de la récession.

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La récession à venir sera certainement beaucoup plus grave que ne le prévoient la majorité des économistes car les taux d'intérêt mondiaux ont été maintenus à des niveaux bas record sur une période de temps record depuis la Grande Récession, ce qui a complètement faussé l'économie mondiale et engendré le création de dangereuses bulles dont bien des personnes ignorent l'existence ( y compris la plupart des économistes professionnels!). Comme le montre le graphique ci-après, les bulles se forment lors de périodes à taux d'intérêt relativement bas et éclatent quand les taux augmentent - c'est pourquoi la plupart des crises et récessions financières modernes sont apparus.

Ne vous y trompez pas : de nombreuses bulles se sont formées au cours de la période de faibles taux d'intérêt de la décennie passée and il n'existe aucun moyen d'y échapper. Ces bulles se forment en Chine, Hong Kong, Singapour, marchés émergents, Canada, Australie, Nouvelle Zélande, l'immobilier européen, le marché de l'art, les actions américaines, la richesse des américains, les dettes d'entreprise, les prêts à effet de levier, les prêts étudiants américains, les prêts automobiles américains, les startups technologiques, l'énergie de schiste, la construction mondiale de gratte-ciel, l'immobilier commercial américain, l'industrie de la restauration américaine, le système de santé américain et le logement américain. Il y a probablement encore plus de bulles que ce que j’ai énumérées - nous ne le saurons pas avant qu’elles éclatent toutes. Comme Warren Buffett l'a déjà déclaré: «Ce n'est que lorsque la marée descend que vous découvrez qui a nagé nu." Je pense que la situation de bulle actuelle, vue de manière globale, est encore pire qu'elle ne l'était avant la crise financière mondiale de 2008 - c'est pourquoi la crise à venir risque en réalité d’être bien pire que celle de 2008.

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Les bulles mondiales qui se sont formées au cours de la dernière décennie ont été exacerbées par une politique non conventionnelle de la banque centrale appelée assouplissement quantitatif ou QE. L'assouplissement quantitatif consiste essentiellement à créer de nouveaux fonds pour injecter des liquidités dans le système financier et augmenter les prix des actifs. Le graphique ci-dessous montre l’augmentation du bilan de la Réserve fédérale américaine avec chaque programme d’assouplissement quantitatif au cours de la dernière décennie (le bilan de la Fed s’accroît à mesure qu’elle achète des actifs tels que des obligations pour injecter plus d’argent dans le système financier). Bien sûr, la Fed n’a pas été la seule banque centrale à avoir mis en place des programmes d’assouplissement quantitatif au cours de la décennie écoulée - la plupart des grandes banques centrales l’ont également fait, ce qui a créé un immense océan de liquidités qui a contribué à gonfler les nombreuses bulles du monde.

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En raison des taux d’intérêt extrêmement bas et des programmes de QE de la Fed, le marché boursier américain (mesuré par le S&P500) a augmenté de 300% au cours de la dernière décennie:

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L’inflation agressive de la Fed sur le marché des actions américain a entraîné une hausse des actions plus rapide que leurs bénéfices sous-jacents, ce qui signifie que le marché est extrêmement surévalué à l’heure actuelle. Chaque fois que le marché devient extrêmement surévalué, ce n'est qu'une question de temps avant que le marché ne retombe à une valorisation plus raisonnable. Comme le montre le graphique ci-dessous, le marché boursier américain est presque aussi surévalué qu’il ne l’était en 1929, juste avant le krach boursier qui a conduit à la Grande Dépression.

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L’inflation agressive de la Fed sur les actions, les obligations et les prix de l’immobilier américains, a créé une bulle massive dans la richesse des ménages. Le patrimoine des ménages américains est extrêmement gonflé par rapport au PIB: depuis 1952, le patrimoine des ménages représentait en moyenne 384% du PIB, de sorte que le chiffre de 535% de la bulle actuelle se situe en territoire inconnu. La bulle Internet a culminé avec une richesse des ménages atteignant 450% du PIB, tandis que celle des ménages atteignait 486% du PIB pendant la bulle immobilière. Malheureusement, le prochain krach de la richesse des ménages sera proportionnel à sa montée en flèche, raison pour laquelle tout le monde devrait être terrifié par la récession à venir.

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Non seulement plus de bulles ont été créées dans le monde qu'au milieu des années 2000, mais les gouvernements sont beaucoup plus endettés à présent (la dette publique représente maintenant 80% du PIB mondial), ce qui signifie qu'ils disposent de beaucoup moins de puissance de feu pour sauver leurs économies dans la crise à venir. Dans le cas des États-Unis, la dette fédérale en tant que pourcentage du PIB n’a jamais été aussi élevée avant une récession (elle se situe actuellement à 100% du PIB, contre 62% avant la grande récession), nous vivons donc une époque sans précédent.

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Bien que les taux d’intérêt aient atteint des niveaux extrêmement bas au cours de la dernière décennie, le montant considérable de la dette fédérale américaine (plus de 22 000 milliards de dollars) est la raison pour laquelle les paiements d’intérêts ont augmenté au cours des deux dernières années. Pour aggraver les choses, cette dette devra éventuellement être refinancée à des taux d’intérêt plus élevés, ce qui signifie que les paiements d’intérêts augmenteront encore plus. Une autre récession conjuguée à une nouvelle augmentation de la dette fédérale et à la dégradation de la dette qui en résultera entraînera une augmentation encore plus importante de ces paiements. C'est ainsi que se produisent les crises de la dette souveraine.

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Bien que la Grande Récession ait été essentiellement provoquée par une crise de la dette, la dette publique et privée des États-Unis a continué de croître depuis. La soi-disant "reprise" économique américaine n’a pas eu lieu malgré la croissance de la dette post-Grande récession - c’est à cause de cette croissance même de la dette. Ce que la plupart des gens ne comprennent pas, c’est que la dette engendre une croissance économique temporaire en empruntant sur l’avenir. Nous commettons les mêmes erreurs que nous avions faites avant 2008, mais nous attendons des résultats différents. Malheureusement, le résultat sera le même qu'en 2008, sinon pire, en raison de l'endettement encore plus important que nous avons maintenant.

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Le monde a connu une frénésie de dette sans précédent au cours des dernières décennies. La dette mondiale a augmenté de 150 000 milliards de dollars depuis 2003 et de 70 000 milliards de dollars depuis 2008. Malgré la crise de 2008, nous avons maintenant une dette supplémentaire de 70 000 milliards de dollars à gérer lors de la crise à venir.

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Dans pratiquement toutes les grandes économies, la dette a crû beaucoup plus rapidement que le PIB sous-jacent au cours des dernières décennies:

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Du fait que la dette a augmenté plus rapidement que les économies sous-jacentes elles-mêmes, la dette mondiale en pourcentage du PIB a considérablement augmenté au cours des dernières décennies. L’économie mondiale est maintenant saturée de dette, ce qui compliquera encore davantage la sortie de la récession en prenant encore plus de dettes, comme cela s'est fait par le passé.

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En particulier, la Chine s'endette plus que tout autre pays depuis la Grande Récession. La gigantesque manie de la Chine en matière d’endettement au cours de la dernière décennie a grandement contribué à stimuler sa croissance économique, qui en a fait l’un des principaux moteurs mondiaux de la croissance économique. La bulle de la dette chinoise a essentiellement contribué à maintenir l’économie mondiale au cours des dix dernières années. Malheureusement, la Chine se dirige vers un véritable effondrement qui va entraîner l’économie mondiale dans son ensemble. Aucune" nouvelle Chine" ne sera là pour s'endetter et ainsi soutenir l'économie mondiale après la prochaine crise financière mondiale: aucun autre pays n'a la capacité d'assumer un tel endettement.

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Pour résumer, la grande majorité des économistes et des commentateurs pensent que la prochaine récession sera une récession généralisée, un simple reflux du cycle économique. Ils s’attendent à une promenade dans le parc par rapport à la dette massive et au tsunami de bulle que je vois à l’horizon. Rappelez-vous que c’est exactement la même foule qui a minimisé ou complètement manqué les signes avant-coureurs de la bulle immobilière américaine et de la crise financière mondiale. Apparemment, ce groupe n’a toujours pas appris sa leçon, donc on va l’apprendre à nouveau - et nous allons tous souffrir à cause de leur ignorance. Si vous n'êtes pas terrifié à l'idée de la récession à venir, vous n'avez aucune idée des énormes risques qui se sont accumulés au cours de la dernière décennie. Le risque d'une dépression mondiale totale ne peut être ignoré.